Le Code de la route pour un journalisme éthique

Préambule

La démocratie et l’Etat de droit dépendent d’une presse libre et indépendante qui peut aider les citoyens à tenir les fonctionnaires et les institutions responsables. Au centre de ce rôle essentiel  c’est la confiance qui exige des journalistes et organes de presse qu’ils disent la vérité, qu’ils soient équitables et impartiaux, et qu’ils adhèrent aux normes les plus élevées d’éthique et de l’indépendance.

L’honnêteté et l’équité

Journalistes et responsables d’organes de presse qui se veulent éthiques doivent s’efforcer de dire la vérité avec courage, prônant l’équité et l’équilibre. Ils doivent avoir l’ouverture d’esprit et envisager la possibilité que ouvert à la possibilité que leur reportage peut conduire à une histoire qui varie en fonction de leur idée initiale.

Ils ne donnent pas seulement la prééminence à la version gouvernementale ou officielle des événements, mais donnent aussi la voix aux sans-voix et recherchent des sources et personnes non officielles sur le terrain.

Ils offrent à toutes les parties en conflit ou litige, la chance d’avoir leur mot à dire et de présenter leurs points de vue justes et objectifs. Ils se refusent de faux commentaires pour favoriser un point de vue ou un programme particulier au détriment d’un autre.

Ils ne devraient pas retenir les informations pertinentes afin de renforcer ou affaiblir un point de vue donné. Ils ne doivent pas truquer des photos ou des documents dans le but de déformer leur sens.

 Journalistes et responsables d’organes de presse  éthiques ne doivent ‘épargner aucun effort pour donner à ceux nommés dans les reportages,  la possibilité de répondre aux allégations d’actes répréhensibles, et ils rapportent les réponses fournies dans leurs reportages finaux.

Ils donnent crédit aux extraits emprunté à d’autres publications et écrivains, le cas échéant, et promettent de ne jamais plagier.

Lorsque l’information est obtenue grâce aux médias sociaux, ils reconnaissent son utilisation et nous nous efforçons d’assurer l’authenticité des sources et des informations obtenues.

Les Conflits d’intérêts

Les journalistes doivent éviter, autant que possible, les conflits d’intérêts réels ou perçus. Ils ne devraient pas se joindre à des organisations de défense ou d’autres dont les positions pourraient compromettre l’indépendance du journaliste.

Les Journalistes et responsables d’organes de presse éthiques ne sont pas à vendre. Ils n’acceptent pas les pots de vin, des faveurs particulières, des avantages ou des cadeaux provenant de sources ou des sujets impliqués dans leurs articles.

Ils s’efforcent d’obtenir des informations sans avoir à payer  les sources.

Aperçu: Dans mon livre, il est normal d’offrir un repas et des boissons lorsque vous interviewez quelqu’un. Les reporters se livrent à cet acte tout le temps. Mais l’argent liquide et les cadeaux posent problème. Rappelez-vous ce qui s’est passé avec des journalistes désireux d’interviewer des pirates somaliens, et qui ont fini par se faire avoir au Kenya? Quand peut-on donc dire qu’il  est  acceptable de donner des cadeaux ? Je suppose que lorsque la qualité de l’information n’est plus un problème.

Après avoir couvert pendant des semaines de couvrir la crise des réfugiés kurdes en Turquie après la première guerre du Golfe, je ne pouvais pas supporter la souffrance du peuple et j’ai commencé à leur acheter des choses dont ils avaient besoin, comme du savon et autres. J’ai donné mon manteau d’hiver à une femme qui avait froid. Mais ce sont des gens que j’avais déjà interrogés, et les cadeaux ont été donnés sans aucune attente de plus amples informations de ma part.

Les agences de presse éthiques payent à leurs employés un salaire décent. Ils n’attendent pas des reporters qu’ils aillent vendre accepter un repas, des pourboires ou cadeaux  auprès de ceux qu’ils couvrent. Non plus n’exigent-ils pas des journalistes qu’ils deviennent des agents commerciaux pour vendre de la publicité, une pratique qui compromet le rôle du journaliste comme un enquêteur impartial à la  recherche de la vérité dans l’intérêt public.

Les journalistes ne doivent pas couvrir les évènements dans lesquels ils ont un intérêt quelconque, qu’il soit organisationnel  ou financier. Si le journaliste porte un autre chapeau, cela devrait être divulgué aux lecteurs.  L’idéal serait que les personnes ayant une double affiliation évitent d’écrire sur des questions à propos desquelles ils ont pris une position qui pourrait influer sur leur objectivité dans le traitement desdits sujets. Ainsi donc, quelqu’un qui est payé par Greenpeace par exemple, devrait éviter de faire des reportages ou faire des enquêtes  sur les questions environnementales, mais il pourrait bien écrire des articles sur d’autres sujets. Lorsque cela n’est pas possible, l’organe de presse doit à tout le moins divulguer la double appartenance aux lecteurs. Cela permet de régler deux choses : il offre une certaine protection contre la cible d’un sujet montrant le lien et dépeignant le journaliste en tant que défenseur d’une cause. Mieux cela donne aux lecteurs l’information dont ils ont besoin pour juger de la crédibilité de l’histoire, pour le meilleur ou pour le pire.

Dans la mesure du possible, les journalistes doivent divulguer au public les sources de leurs informations, afin que les consommateurs de nouvelles puissent évaluer la fiabilité et la véracité des faits présentés. Ils doivent divulguer tous les liens pertinents et / ou les intérêts financiers des sources au sujet de l’histoire, ce qui pourrait influencer l’évaluation du lecteur par rapport aux informations fournies.

La source crédible

Peu de choses sont évidentes. Si une source a menti ou dissimulé des informations pertinentes dans le passé, elle est à haut risque. S’ils ont un casier judiciaire entamé, la prudence est de mise. Les journalistes doivent revenir sur les informations fournies plusieurs fois et poser plusieurs fois aux sources les mêmes questions de différentes manières dans le but de déceler les contradictions éventuelles dans l’histoire.
 
Au-delà de cela, c’est en grande partie la situation qui oriente, car il y a peu de règles absolues. Si un journaliste collecte des informations auprès de sources confidentielles ou anonymes, il doit connaître très bien ladite source: connaître son nom au complet, où elle vit et travaille. Il doit aussi connaitre leur lien et ceux avec qui leur source pourrait avoir travaillé dans le passé, et quelle est leur motivation à partager une telle information et non pas une autre.

Si une source ne peut pas expliquer comment elle a eu accès a des documents et / ou des informations qui devraient également soulever des questions ou même, si elle ne serait pas mieux placée pour normalement  avoir accès à l’information ou aux documents qu’elle partage, le journaliste doit rester très prudent pour chercher à les authentifier. Les journalistes et les rédacteurs en chef doivent se demander si la source n’a rien à gagner à mentir ou de mettre en avant de faux documents, et chercher d’autres moyens (les gens, les tribunaux, FOIA) si possible, pour authentifier l’information.

La protection des sources

Dans des cas exceptionnels, les journalistes devront travailler avec des sources dont l’identité ne peut être divulguée publiquement, que ce soit pour leur sécurité ou leurs moyens de subsistance, ou comme condition de recevoir des informations. En cherchant des sources d’information, en particulier chez ceux qui n’ont pas une fois travaillé avec les journalistes, ceux-ci doivent expliquer clairement les risques pour la sécurité et la sûreté de la source.

Les accords sur la confidentialité doivent être négociés avant les interviews, et les termes définis pour un maximum de clarté. L’expression « Parler sur le ” fond ” signifie généralement qu’un journaliste peut utiliser des informations, mais ne doit pas divulguer sa source. L’expression ” Hors micro ” signifie  quant à elle que l’information est la connaissance privée du journaliste et ne peut être partagée.)

Au ca où les sources s’accordent à être décrites mais pas identifiées par leur nom, ces descriptions devraient être convenues dès le départ. Les conditions d’utilisation des documents, qu’ils soient originaux ou des copies, doivent aussi être convenues auparavant. Et les journalistes ne peuvent jamais violer ces accords sans l’autorisation expresse de leurs sources.

L’utilisation de sources anonymes impose un fardeau supplémentaire sur le journaliste pour corroborer de manière indépendante les informations fournies et l’authenticité des documents et d’autres preuves reçues.

Les sources qui parlent sur une base confidentielle accordent la plus grande confiance au journaliste, et leurs identités doivent être protégées, à moins que cela aboutisse à la commission d’un crime, des blessures ou la mort. S’il y a des limites à ce qu’un journaliste est prêt à faire pour protéger une source (par exemple, aller en prison ) , le journaliste doit divulguer ces contraintes à la source à l’origine, ou éviter de travailler avec des sources confidentielles .

De même, si un journaliste est tenu de divulguer l’identité de la source à un rédacteur en chef, le journaliste doit en aviser la source de ce fait avant de recevoir l’information. En communiquant avec un éditeur, le journaliste doit prendre toutes les précautions pour protéger l’identité de la source, en particulier lorsque les conversations sont vulnérables au piratage, écoutes ou autres formes de surveillance .

Rédigé par Diana Jean Schemo
Rédacteur en chef, 100Reporters

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